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Plus novice et moins partisan – 15 chiffres sur le gouvernement Macron 2

Par Alexandre Andorra et Bérengère Patault

Pour le premier gouvernement d’Emmanuel Macron, nous avions mené une analyse systématique et comparative des premiers gouvernements de chaque président de la Cinquième République. Nous avions construit une base de données nous permettant de comparer les gouvernements, de De Gaulle à Macron, selon plusieurs variables – âge, sexe, formation, enfance… Il en était ressorti 14 chiffres principaux, notamment le fait que le premier gouvernement Macron était à la fois plus âgé et moins partisan que tous les gouvernements précédents.

Pour analyser le deuxième gouvernement Macron, nous avons complété cette base de données. Là encore, notre but n’est pas seulement de calculer des moyennes, mais aussi d’évaluer les corrélations entre chaque président et les variables étudiées; d’étudier la significativité statistique des relations; et de raisonner en termes probabilistes.

Une précision : le traditionnel remaniement d’après législatives ne débute qu’en 1981. Les gouvernements De Gaulle, Pompidou et VGE sont donc les mêmes que dans notre premier article. Nous les avons gardé pour 2 raisons : 1/ ils aident la comparaison en augmentant la taille de l’échantillon; 2/ à partir de Mitterrand, le gouvernement de travail est en fait le deuxième, le premier étant un gouvernement d’image en attendant les législatives ; pour les trois premiers présidents, le gouvernement de travail est le premier, ce qui rend la comparaison pertinente.

Notre analyse révèle un gouvernement comparativement plus novice et beaucoup moins partisan. Pour la plupart des ministres macroniens, la politique ne constitue pas le gros de leur vie professionnelle – si l’on définit l’implication en politique par le fait de s’encarter ou d’avoir été élu. A cet égard, les promesses de changement d’En Marche semblent être tenues. Le deuxième gouvernement est également 3 ans plus jeune que le premier, s’établissant autour de la moyenne historique de 51 ans. Voici un tour d’horizon de nos résultats.

Un deuxième gouvernement traditionnellement plus gros que le premier

Le deuxième gouvernement Macron compte 11 nouvelles têtes. C’est supérieur à la moyenne historique – 8,8 nouveaux visages par remaniement (nous n’intégrons pas les gouvernements Macron dans le calcul, car cela les rapprocheraient artificiellement de la moyenne). L’agrandissement du gouvernement Macron se confirme en termes nets (nombre de ministres dans le 2ème moins nombre de ministres dans le 1er). Avec 7 ajouts nets, il se situe au milieu de la distribution, la moyenne ex ante étant à 4,7. Fun fact pour vos dîners en ville : Chirac détient les deux records, en supprimant 10 ministres en 1995 mais en en ajoutant 11 en 2002.

Des ministres paradoxalement moins… politiques

C’est la principale caractéristique du deuxième gouvernement Macron : ses ministres sont moins… politiques que les précédents. Ils moins politiques car moins partisans et moins souvent élus avant leur entrée au gouvernement. Par exemple, si vous croisez un ministre de Pompidou, il y a 33 fois plus de chances qu’il ait déjà été élu qu’un ministre macroniste. C’est un extrême, mais la relation va dans le même sens pour tous les autres présidents, bien qu’elle soit moins significative pour Chirac 2002 et Mitterrand.

L’analyse de la composition par parti donne des résultats similaires à ceux du premier gouvernement. Avec 17% de ministres LR (contre 13% dans le premier), le gouvernement Macron compte nettement plus de ministres de droite que ceux de Hollande et Mitterrand, mais beaucoup moins que ceux des présidents de droite. Sur ce critère, il ressemble en fait au gouvernement VGE, ce qui après tout est logique, puisque ce dernier était jusque-là l’unique président centriste de la Cinquième République. Cela dit, avec 38%, ce gouvernement était plus à droite – et ne comportait aucun membre de gauche.

Avec 30%, la proportion de membres PS ne bouge pas entre les deux exécutifs Macron. L’assimilation à un gouvernement de gauche relèverait cependant de l’artifice rhétorique, puisque, si vous tombez sur un ministre hollandiste, il y a 43 fois plus de chances qu’il soit PS que si vous tombez sur un macroniste. De même, il y a 4 fois plus de chances pour un ministre de Mitterrand 1988. Le seul président de droite qui avait intégré des socialistes dans son gouvernement était Nicolas Sarkozy. Mais, contrairement aux premiers gouvernements, le gouvernement Sarkozy contient désormais significativement moins de PS que celui de Macron. Signe que “l’ouverture” n’avait duré qu’un petit mois.

A 7%, la part de ministres Modem baisse de 6 points par rapport au premier gouvernement, conséquence des démissions de 4 ministres Modem. Sur ce critère, Macron fait donc moins bien que le général De Gaulle (11%), Pompidou (21%), Chirac 1995 (24%) et VGE (49%). Pour reprendre notre image des rencontres fortuites, si vous croisez un ministre de VGE, il y a 13 fois plus de chances que ce dernier soit centriste que si vous croisez un ministre de Macron.
Nuançons cependant : au fur et à mesure qu’En Marche vieillira, le gouvernement devrait compter de plus en plus de ministres EM, donc centristes.

En fait, le gouvernement Macron se distingue véritablement des autres par un critère : celui des ministres sans étiquette. Le premier gouvernement EM était déjà le moins partisan de toute la Cinquième. Le deuxième l’est encore plus, avec 47% de non-affiliés, suivi de loin par Mitterrand 1988 (29%). Dit autrement, la proportion de ministres non affiliés dans le gouvernement Macron est plus élevée que celle des quatre derniers présidents combinés. Si par exemple vous pariez avec un ami que quand vous rencontrerez un ministre de Sarkozy et un de Macron, ça sera le premier qui n’aura pas d’affiliation partisane, vous n’auriez qu’1 chance sur 9. Si c’était un ministre de Hollande, vous auriez deux fois moins de chances – 1 sur 18.
Les ministres non-partisans ont bonne presse en général. Et, effectivement, si ce mouvement correspond à la volonté de constituer un gouvernement d’experts, on peut comprendre l’enthousiasme. Si en revanche c’est une façon de minimiser la concurrence politique, les scénarios peuvent être plus inquiétants.

Age, parité et expérience ministérielle : pas de renouvellement à l’horizon

C’était l’un des principaux résultats de notre analyse du premier gouvernement : il était plus âgé que ses pairs – 4 ans de plus que sous De Gaulle et VGE, 6 ans de plus que sous Chirac 1995. Autrement dit, le gouvernement Macron renouvelait, certes, mais par le vieillissement. Ce n’est plus le cas pour le nouveau gouvernement, qui perd trois ans de moyenne d’âge et revient dans la moyenne historique (51 ans). On peut cependant en tirer la même conclusion que pour le premier gouvernement : l’idée largement répandue selon laquelle le gouvernement Macron est relativement jeune est fausse.

Analyser le nombre de ministres ayant déjà occupé des fonctions ministérielles est une façon de voir si le président donne sa chance à des nouveaux venus. Or, Macron ne se distingue pas particulièrement dans ce domaine. Son gouvernement est moins expérimenté que ceux de De Gaulle, Pompidou, Mitterrand 1988, Chirac 1995 et Sarkozy, mais la relation n’est pas significative sur les 4 autres. Autrement dit, le nouveau gouvernement ne compte pas nécessairement plus de nouveaux ministres que les précédents, et limite la recomposition revendiquée par En Marche.

Comme dans le premier gouvernement, la parité est strictement respectée. Mais, là encore, en créditer entièrement Emmanuel Macron serait lui faire trop d’honneur. La parité est le résultat d’un long processus, qui a commencé à porter ses fruits sous la présidence Sarkozy et qui a abouti avec Hollande puis Macron. Les chiffres le montrent : si vous croisez un ministre de VGE, il y a 17 fois plus de chances qu’il s’agisse d’un homme que si vous croisez un ministre de Macron; pour un ministre de Chirac 2002, il n’y a plus que 3 fois plus de chances; enfin, à partir de Sarkozy, les comparaisons statistiques avec Macron ne sont pas significatives. L’évolution vers la parité est donc claire. Et Macron n’en est pas à l’origine, bien qu’il l’entérine.

Formation supérieure et diversité géographique : du grand classique

Element très classique, les formations supérieures les plus répandues sont, de loin, le droit, l’ENA et Sciences Po (non ENA). Depuis 1966, 16% des ministres nommés sont énarques, 16% des juristes et 13% des diplômés de Sciences Po. L’élection de Macron ne change pour l’instant rien à cet état de fait. Pas de renouvellement non plus sur les autres grandes écoles (Polytechnique, ENS, HEC), qui restent très peu représentées, avec 2 membres en tout, contre le double d’énarques (en comptant le président). De nouveau, le “remplacement des énarques par les HEC” relève plus du fantasme que du factuel.

Souvent éclipsé par le nombre des anciens élèves de grandes écoles, le nombre de docteurs est rarement étudié. Là non plus, avec 10% de docteurs, le gouvernement Macron ne se distingue pas de la moyenne historique (9,6%). Globalement, en comparaison des anciens de grandes écoles, la proportion de docteurs est faible, ne dépassant jamais les 16% pour chacun des présidents. Et 64% des docteurs le sont en droit, pendant que seulement 6% le sont en sciences politiques et 3% en économie, ce qui limite encore la diversité des profils ministériels.

Le renouvellement à la Macron ne passe pas non plus par une plus grande part de ministres non-diplômés du supérieur. Au contraire, avec 3,3% de non-diplômés, le gouvernement actuel est plus diplômé que le gouvernement moyen (6,4%). Signe de son classicisme sur ce critère, les différences avec les autres gouvernements ne sont pas statistiquement significatives.

Enfin, le gouvernement Macron compte-t-il plus ou moins de ministres ayant grandi à Paris ? Difficile à affirmer catégoriquement, les résultats n’étant pas significatifs. Avec 47% de Parisiens, l’exécutif actuel dépasse cependant largement la moyenne historique de 33%. En clair, le renouvellement claironné par En Marche ne semble pas être géographique.


Comme pour le premier gouvernement, la réalité est plus nuancée que le discours politique. Le nouvel exécutif innove par certains aspects, avec des ministres moins encartés et plus novices en politique. La parité est strictement respectée certes, mais Macron n’est pas à l’origine de cette évolution. Sur tous les autres critères testés – âge, expérience politique, formation supérieure, diversité géographique – le gouvernement actuel reste classique en comparaison historique.

La durée de vie moyenne d’un deuxième gouvernement sous la Cinquième République étant de 2 ans et 69 jours, il est fort probable que ce soit avec ce gouvernement que le président travaille. Un gouvernement original par certains aspects. Mais en aucun cas une “Révolution“.

Alexandre Andorra et Bérengère Patault sont les fondateurs de contesdefaits.org

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