Comment lire la cote de popularité d'Emmanuel Macron ?

3 règles pour lire la cote de popularité d’Emmanuel Macron

Publié le 14/11/2017

Par Alexandre Andorra

Pas facile de s’y retrouver parmi les différents sondages publiés régulièrement. Encore moins facile d’en faire une comparaison historique. Notre agrégateur éclaircit tout cela. Quels enseignements peut-on en tirer 6 mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée ?

Il a commencé son mandat aux alentours des 60% d’approbation, mais a perdu 20 points en 2 mois, pour s’établir aux environs des 40%. Incidemment, la plus grosse chute a eu lieu fin juillet, à peu près au moment où les négociations de la réforme du code du travail débutaient, ce qui a donné lieu à d’innombrables spéculations sur l’impopularité de cette réforme et son impact sur celle du président.

La patience est souvent meilleure conseillère. Et il se trouve que Macron a gagné 5 points de popularité (de 36% à 41%) en septembre, au moment des mobilisations contre la réforme du code du travail. Or, une variable qui explique un phénomène et son contraire n’explique rien. La chute de juillet ne peut donc pas être attribuée à la réforme du code du travail.

D’une manière générale, la doxa nous semble trop rapide à attribuer des causalités entre évènements et baisse de popularité. Au moins trois règles émergent pour analyser la popularité d’Emmanuel Macron – des règles qui mettent en garde contre les conclusions hâtives.

1. L’échantillon à notre disposition reste mince

La première est que l’échantillon dont nous disposons est encore très mince : il est président depuis à peine 6 mois, soit 10% de son quinquennat. La faiblesse de cet échantillon complique la réalisation d’inférences statistiques et, a fortiori, empêche de tirer des conclusions définitives.

De plus, la popularité de Macron est plus volatile que celle de ses prédécesseurs en début de mandat, ce qui incite encore plus à la prudence et à garder de nombreux scénarios en tête.

2. Les Français se lassent vite de leurs présidents

Le deuxième élément est structurel : les présidents français tendent à perdre rapidement en popularité, comme vous pouvez le constater dans nos comparaisons historiques. Seul Chirac 2002 a gagné en popularité 100 jours après le début de son mandat. Les Français semblent tout simplement se lasser très vite de leur président, quel que soit l’environnement.

Par conséquent, la moyenne historique est assez basse – entre 30% et 40% – et le zénith dépasse rarement les 60%, soit la popularité de Macron en mai. Au vu des schémas historiques donc, sa popularité était vouée à chuter, pour revenir vers la moyenne.

Il est vrai cependant qu’aucun président n’a perdu plus vite que lui. Les circonstances particulières de son élection apportent un élément d’explication. Son arrivée au pouvoir résulte plus de l’habile exploitation d’un marché politique avantageux que d’un soulèvement populaire en faveur d’un sauveur politique. Autrement dit, une partie substantielle d’électeurs ont voté pour lui par raison, pas par enthousiasme. Et certains de ces électeurs sont susceptibles d’être déçus plus rapidement, ce qui contribue à accélérer le retour vers la moyenne historique.

Au bout du compte, la doxa semble s’étonner d’un phénomène qu’un simple coup d’œil à nos graphes révèle : les présidents perdent en popularité au cours de leur mandat. Certes, la rapidité est sans précédent – comme toujours avec Emmanuel Macron finalement – mais l’extrapolation linéaire n’est pas la meilleure prédiction. Chirac 1995 – le cas le plus proche de Macron – l’illustre bien : après une chute sans précèdent, Chirac était remonté entre 50% et 60% – soit 10 points au-dessus de la moyenne historique – pour être réélu en 2002.

3. La popularité présidentielle régresse vers sa moyenne

C’est parce que la popularité présidentielle tend à régresser vers la moyenne : les cotes en-dessous de 30% ont plus de chances de monter que de descendre ; celles au-dessus de 40% sont plus susceptibles de baisser que de monter.

Ce phénomène est difficile à appréhender pour l’esprit humain, toujours à la recherche d’explications causales. Il nous frustre parce qu’il explique mais n’attribue pas de causes. Mais il faut s’y faire : c’est plus un phénomène statistique lié au hasard qu’un évènement particulier qui explique une grande partie de la chute de popularité du président.

Puisque celle de Macron se situe entre 30% et 40%, cet effet est quelque peu annihilé : historiquement – sans prendre en compte des facteurs propres à Macron donc – les cotes de popularité similaires à celle qu’a Macron actuellement ont à peu près autant de chances de monter que de descendre.

C’est plutôt une bonne nouvelle pour Macron. Car une popularité de plus en plus basse aura tendance à contraindre sa capacité à réformer.


Alexandre Andorra est le co-fondateur de contesdefaits.org

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