Baer Tierkel, The Market Economy, Flickr, Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0), https://www.flickr.com/photos/sweetmojo/2349268098

Vous trouvez les sondeurs mauvais ? Mais qu’en est-il des citoyens ?

2016 fut une mauvaise année pour les sondeurs. Enfin, si l’on en croît le discours dominant. Car aux États-Unis par exemple, les sondeurs ont mieux évalué le vote populaire en 2016 (erreur de 1,1 points de pourcentage) qu’en 2012 (erreur de 3,2 points). Mais parce qu’ils indiquaient le mauvais vainqueur l’année dernière et le bon vainqueur quatre ans plus tôt, l’inconscient collectif retiendra la mauvaise leçon.

C’est qu’un de nos biais cognitifs est notre tendance à nous focaliser sur le nom du vainqueur plutôt que sur la marge d’erreur quand on évalue la précision finale des sondages. A cela s’ajoute notre propension à sous-estimer l’incertitude. Historiquement, une erreur inférieure à 2% est déjà un bon résultat – et c’est encore mieux si ce résultat est confirmé sur plusieurs élections. En dernière analyse, ce sont plus nos attentes d’exactitude envers les sondeurs qui sont irréalistes.

Et qu’en est-il des citoyens ? De nous tous ? Sommes-nous meilleurs que ceux que nous adorons critiquer ?

L’agrégation Contes de Faits des pronostics citoyens

Une question très utile et souvent sous-exploitée en période électorale est « Sans tenir compte de vos préférences personnelles, qui, à votre avis, parmi ces personnalités a le plus de chances d’être élu Président de la République en mai prochain ? ». La plupart des instituts la posent[1], certains depuis des décennies, comme Kantar Sofres depuis 1969. Malgré ce recul historique, les pronostics citoyens sont rarement utilisés pour prévoir les résultats électoraux, du moins sur une base sérieuse et systématique.

Contes de Faits a réalisé ce travail et vous livre ainsi un indicateur unique en France. Le graphe que voyez ci-dessous agrège les pronostics citoyens pour l’élection de 2017 de toutes les études qui posent la question. En clair, le graphe vous indique qui sera président selon les Français. Par exemple, 50% des sondés estiment qu’Emmanuel Macron a le plus de chances d’être élu président le 7 mai.

Comme pour notre agrégateur des intentions de vote, les pronostics citoyens sont pondérés en fonction du temps restant avant l’élection et de la taille d’échantillon.


Vous pouvez zoomer en cliquant sur la zone du graphique qui vous intéresse, puis en déplaçant votre curseur. Vous pouvez afficher/masquer les candidats que vous souhaitez en cliquant sur leur nom dans la légende.
Sources : commission des sondages, sites internet des sondeurs, sites d’open data, moteurs de recherche; calculs Contes de Faits réalisés sur près de 80 sondages publiés par les instituts posant la question (Ifop et Kantar Sofres) depuis décembre 2016. Nous n’intégrons pas les pronostics citoyens rapportés par OpinionWay, car cet institut n’indique pas les indécis dans ses résultats, conduisant à une surévaluation d’Emmanuel Macron d’environ 10 points par rapport aux autres sondeurs.

Les citoyens sont-ils de bons pronostiqueurs ?

Les résultats historiques des pronostics citoyens sont plutôt bons. Notre analyse montre que, sur toutes les élections présidentielles depuis 1969, les citoyens avaient prévu le bon vainqueur 75% du temps.

Précision des pronostics citoyens au cours des élections présidentielles (1969-2012)

ElectionA pronostiqué le bon vainqueur
Sources : base de données Contes de Faits; calculs Contes de Faits
1969Oui
1974Egalité
1981Oui
1988Oui
1995Oui
2002Egalité
2007Oui
2012Oui
Pourcentage de bons pronostics0,75
*Egalité quand moins de 5% séparent les deux favoris selon les citoyens

Quelques précautions autour de ces chiffres. Dans le détail, ils sont assez volatiles, réagissant vite aux différents évènements de campagne. Ils sont aussi beaucoup plus fiables à l’approche de l’élection. Autrement dit, il est possible que cet indicateur soit plus à retardement que prédictif, c’est-à-dire qu’il entérine des évolutions déjà remarquées par d’autres observateurs ou indicateurs au lieu de voir ces évolutions avant tout le monde.

Par ailleurs, la notation des pronostics citoyens est binaire – ont-ils choisi le bon vainqueur ou pas ? Nous avons déjà fait part de nos réticences vis-à-vis de ce type d’approche pour évaluer les sondages. Reste que, par construction, cela reste la seule méthode d’évaluation des pronostics citoyens.

Une autre méthode prédictive, apportant d’autres informations

Les pronostics citoyens ne sont pas des intentions de vote. Ils pourraient – si les sondeurs demandaient aux citoyens de chiffrer leur prédiction en donnant l’intention de vote au deuxième tour du favori qu’ils viennent de citer. Cela serait très utile et permettrait de comparer les pronostics citoyens directement aux sondages. Mais pour l’instant, ils indiquent simplement qui a le plus de chances d’être élu président dans l’esprit des Français.

Malgré ces limites, cet indicateur est intéressant car il permet notamment de capter des facteurs explicatifs du vote qui peuvent échapper aux sondages d’intentions de vote. Ils obligent aussi les sondés à faire un travail d’objectivité sur eux-mêmes. En bref, les pronostics citoyens sont complémentaires des sondages d’intentions. Ils apportent une information supplémentaire dans un travail de prédiction des résultats de l’élection.

Les marchés de prédiction, que nous agrégeons également, remplissent le même rôle et ont l’avantage d’être directement comparables aux pronostics citoyens, puisque la question posée aux bookmakers est la même que celle posée aux citoyens.

Autrement dit, aucun indicateur ne se suffit à lui-même. La clé repose dans la prise en compte et l’agrégation des différentes informations que nous apportent les différents indicateurs. La philosophie Contes de Faits en somme.

 

[1] Avec quelques variantes, la question est en général formulée dans ces termes : « selon vous, parmi les candidats suivants, lequel remportera l’élection présidentielle dont le second tour aura lieu [date scrutin] ? » ; « Sans tenir compte de vos préférences personnelles, qui, à votre avis, parmi ces personnalités a le plus de chances d’être élu Président de la République en mai prochain ? »