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Votre antisèche politique – Simulateur d’indemnités de licenciement et irrationalité

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Publié le 09/11/2017

Par Alexandre Andorra

Un élément clé de la réforme du code du travail est revenu dans l’actualité cette semaine. A savoir, le barème qui s’applique désormais aux indemnités obtenues aux prud’hommes en cas de licenciement abusif. Le gouvernement vient en effet de lancer un simulateur d’indemnités, initiative qui a déplu aux syndicats. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il nous rappelle que nous prenons souvent des décisions irrationnelles – et que l’on déteste l’admettre.

Pourquoi un barème ?

Prud’hommes. Juges. Jurés. Ces mots vous inspirent sûrement des images très rationnelles : des juges, maîtres de leurs sentiments, qui délibèrent en pleine conscience. Parce que nous vivons dans une société où les agents sont supposés agir rationnellement. Mais la recherche comportementale, champ relativement nouveau auquel le Prix Nobel d’économie 2017 contribue, montre que les décisions des juges sont influencées par des facteurs externes qu’eux-mêmes ignorent totalement : en Israël, les juges accordent beaucoup moins de liberté conditionnelle quand ils ont faim et sont fatigués ; les juges américains sont plus cléments le lendemain d’une victoire de leur équipe de football préférée et sont plus sévères quand il y a de la pluie ou beaucoup de vent.

Autrement dit, nous ne sommes pas aussi rationnels et mécaniques dans nos décisions que nous le croyons. D’où l’idée d’un barème, pour aider les conseillers prud’homaux à prendre des décisions plus rationnelles, et donc plus prévisibles pour les employeurs et les salariés.

Richard Thaler, prix Nobel d’économie 2017. Photo: Reuters

Quelles conséquences ?

Mais est-ce si sûr que cela ? Si la recherche comportementale mène à l’idée d’une barème, elle incite à ne pas en faire une panacée, et ce pour 2 raisons :

  1. L’effet d’ancrage. Sans le savoir, vous le rencontrez dès que vous faites un achat : le vendeur propose un prix, et cela influence votre estimation, qui, inconsciemment, restera proche du chiffre proposé. En cela, le premier à fixer un prix part avec un avantage dans la négociation. Appliquez ce phénomène aux prud’hommes et imaginez que le plafond d’indemnités soit fixé à 100 000€. C’est une bonne nouvelle pour les grandes entreprises et les grands contrevenants. Mais dans le même temps, l’effet d’ancrage devrait pousser vers le haut plusieurs dédommagements qui auraient autrement été beaucoup plus faibles, augmentant ainsi le montant moyen des indemnités.

https://www.prismdecision.com/the-anchoring-effect/

2. Vous estimez l’intérêt financier que vous avez à engager une procédure prud’homale (c’est long, c’est coûteux, donc autant évaluer votre gain potentiel). Or, si les indemnités augmentent par effet d’ancrage, vous vous attendez à gagner plus aux prud’hommes, ce qui pourrait augmenter le nombre de recours aux prud’hommes, soit l’inverse de l’effet escompté par les entreprises.

Bien sûr, ces deux phénomènes ont des limites – que nous n’avons pas la place de développer. Mais ils montrent que le sujet est plus nuancé que ce que laissent penser les invectives politiques : barémiser les indemnités prud’homales n’est pas automatiquement positif pour l’employeur et négatif pour le salarié.

Alors pourquoi tant de certitudes ?

Ce débat est pourtant miné de certitudes de part et d’autre. Entre un MEDEF qui utilise un fait – l’incertitude des décisions prud’homales – pour pousser une théorie – il faut que les entreprises puissent licencier facilement pour ne plus avoir peur d’embaucher – et des opposants qui répondent par de belles formules qui manquent tout autant de preuves.

Déclaration d’Adrien Quatennens, Député La France Insoumise

Vous n’êtes sans doute pas étonné – sur ce sujet comme sur tant d’autres, nous simplifions la réalité. Nous raisonnons en schémas et en stéréotypes ancrés dans notre expérience subjective. Cela nous aide à donner un sens au monde qui nous entoure, pas à résoudre les problèmes de politique publique.

Bon week-end (irrationnel) à tous !


Alexandre Andorra est le co-fondateur de contesdefaits.org

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